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Après une interruption, la reconstruction du Deuxième Temple est achevée en 516, soixante dix ans après sa destruction (155)

Tant bien que mal, la reconstruction du Temple de Jérusalem est achevée Gravure de Gustave Doré

Tant bien que mal, la reconstruction du Temple de Jérusalem est achevée
Gravure de Gustave Doré

Après une interruption de plus de quinze ou seize ans, les travaux de reconstruction du Temple reprennent grâce à l’intervention du roi Darius (…..). Car la situation en Perse a évolué, comme le résume l’historien français André Neher*: « Un nouveau souverain Darius 1er est monté sur le trône en 521. Les premiers mois de son règne sont occupés à mater des révoltes intérieures. Plus ou moins en cachette, les Judéens retournent sur les chantiers du Temple. La réaction n’est pas longue à venir. Les Samaritains dénoncent les Judéens aux fonctionnaires perses, sous prétexte qu’ils construisent sans autorisation un édifice pouvant être considéré comme une forteresse.

Nehemia arrive dans une ville de Jérusalem dévastée Gravure de Gustave Doré

Nehemia arrive dans une ville de Jérusalem dévastée
Gravure de Gustave Doréne forteresse. »

Des fonctionnaires perses viennent inspecter les lieux, interrogent les Judéens sur la légalité de leur entreprise. Ils répondent : le décret de Cyrus. Les inspecteurs embarrassés et probablement aussi, un peu ignorants, font un rapport au roi et attendent des instructions. Darius fait procéder aux recherches et découvre dans les Archives d’Etat le document officiel. André Neher *: « Dans les archives d’Ecbatane, le texte est retrouvé dans sa version araméenne, comme il est normal pour un document officiel ». Et le roi répond à ses inspecteurs : « Non seulement, la construction du Temple doit être tolérée mais elle doit être encouragée ». Par l’achat de matériaux, d’animaux pour les sacrifices, pour le financement des travaux à partir du revenu collecté via les impôts perçus dans la province. Cet encouragement officiel donne un coup de fouet aux travaux de reconstruction du Temple. Les paroles des prophètes Haggaï et Zacharie donnent du courage aux Judéens. Une grande part de ces paroles porte sur la nécessité de reconstruire le Temple. Mais la construction du Temple n’est pas seulement une entreprise matérielle, pas qu’une maison, car pour le prophète Haggaï, résumé par Neher, « le Temple n’a de valeur que s’il est porté par un peuple au cœur pur. Il ne peut lui, simple édifice de pierres, communiquer sa sainteté aux hommes qui l’entourent et le servent. Mais eux risquent par leurs pensées et leurs actions impures de le souiller. » La probité morale apparaît comme la condition de la régénérescence religieuse du peuple. Zacharie rappelle au peuple que les rites, y compris ceux des sacrifices, ne sont pas « une fin en soi ». D’abord, l’action morale, la justice, la vérité, la paix, l’amour, bases des rites.
Le temple est achevé 4 ans et demi après la reprise du travail dictée par Haggaï. Heinrich Graetz*** nous fait revivre ce moment : « L’inauguration du temple est fêtée avec joie. Les enfants d’Israël, les sacrificateurs et les Lévites, et le reste des fils de la captivité, firent avec joie l’inauguration de cette maison de Dieu (Ezra 6,16)..Ils offrirent, pour la dédicace de cette maison de Dieu, cent taureaux, deux cents béliers, quatre cents agneaux, et, comme victimes expiatoires pour tout Israël, douze boucs, d’après le nombre des tribus d’Israël (Ezra 6,17). Les Lévites et les Sacrificateurs retrouvent leurs fonctions. Ils établirent les sacrificateurs selon leurs classes et les Lévites selon leurs divisions pour le service de Dieu à Jérusalem, comme il est écrit dans le livre de Moïse (Ezra 6,18). Le peuple peut à nouveau célébrer la Pâque. Ils célébrèrent avec joie pendant sept jours la fête des pains sans levain, car l’Eternel les avait réjouis en disposant le roi d’Assyrie à les soutenir dans l’œuvre de la maison de Dieu, du Dieu d’Israël (Ezra 6,22). »
« Dès 516, le Temple est achevé » indique André Neher*, soixante dix ans exactement après sa destruction, confirmant de façon spectaculaire la prédiction du prophète Jérémie. Neher* : « Le temple reconstruit rappelle dans ses grandes lignes le Temple salomonien, bien qu’il n’en ait pas égalé la splendeur. Les objets saints consacrés au culte avaient été restitués par les Perses et figuraient chacun à sa place normale, celle définie par la Thora. Toutefois, dans le Saint des Saints ne se trouvait plus l’Arche d’Alliance, soit qu’elle ait été détruite par les Chaldéens lors du pillage du Temple, soit qu’elle ait été sauvée par des prêtres et cachée dans quelque endroit dont ils étaient les seuls à détenir le secret et qu’après leur mort, nul ne put connaître. »
Mais comment le Saint des Saints pouvait-il rester vide ? André Neher : « En guise de symbole, pour marquer à la fois le souvenir de l’Arche et son absence, plaça-t-on une simple pierre (even shetya), la pierre angulaire, la première pierre posée lors de l’inauguration du Temple en 537, et qui était restée isolée dans le chantier abandonné. » Les prophètes ne lâchent pas prise : Le Temple reconstruit n’est pas seulement un bel édifice, il est le signe de l’imminence messianique, disent-ils « Ce n’est pas pour Israël seulement que se fait le regroupement autour du Temple mais pour l’humanité tout entière ».
L’historien israélien Haim Hillel Sasson, auteur de A History of the Jewish People**, explique qu’après la construction du Temple, « il n’existe aucune trace de ce qui se passe après » et ce pendant un demi-siècle. Que s’est-il passé pendant cette période, une fois le Temple reconstruit ? Au-delà de la question des mariages mixtes, leur existence et leur diffusion ont conduit à donner une place importante à Jérusalem aux familles du grand-prêtre désormais liées aux notables de Samarie.
*Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
**Haim Hillel Sasson, A History of the Jewish People (1969), Harvard University Press
***Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76