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Après la défense, Yehuda Maccabi passe à l’offensive militaire et s’affirme chef politique national (198)

Yehuda Maccabi doit faire face à l'armée de Nicanor-Gravure de Gustave Doré

Yehuda Maccabi doit faire face à l’armée de Nicanor-Gravure de Gustave Doré

Le temple philistin de Dagon est détruit par les troupes Maccabéennes- Gravure de Gustave Doré

Le temple philistin de Dagon est détruit par les troupes Maccabéennes- Gravure de Gustave Doré

A la mort de son père Mattathias, Yehuda, artisan plein d’énergie de la révolte maccabéenne, multiplia les coups de butoir contre les troupes gréco-syriennes. Avec ses bandes armées, il parcourait le pays, renversant les autels, tuant les Juifs pro-hellènes, rendant coup pour coup. Il remporta ainsi des victoires décisives. A l’inverse d’autres personnes religieuses appliquant strictement l’interdit de l’activité le jour du shabbat, il n’hésitait pas à se défendre quand ils étaient attaqués. Il défie l’armée d’Appolonius, s’emparant de l’épée de ce dernier, puis celle de Seron. Le roi Syrien envoya successivement trois généraux : Ptolémée, Nicanor et Gorgias avec des armées pour exterminer ces bandes pleines de bravoure et d’ardeur au combat grâce aux harangues de Yehuda. Celui-ci les avait transformées en véritable armée nationale, notamment à la ville de Mizpah, où jadis du temps des Juges, le roi Saul avait réuni ses troupes avant de guerroyer avec les Philistins. Pour motiver ses troupes, Yehuda les dota d’officiers, de « chefs de mille, de cents, de cinquante et de dizaines ». Il les prépara au combat par des prières et des jeuns.

Les Maccabéens attaquèrent les troupes de Gorgias à Emmaus, au nord de Jérusalem. Ce fut une large victoire (-166). Lysias tenta une revanche en passant par l’Idumée, pour une rencontre à Beth Zur au sud de Jérusalem qui finit par une nouvelle victoire (-165). Lysias accorda aux vainqueurs la restauration du Temple, mettant ainsi de fait, fin aux persécutions religieuses. Le roi syrien accorda l’amnistie des otages judéens. Yehuda prit la route de Jérusalem et restaura le culte, laissant de côté la forteresse de l’Accra aux mains ennemies. Selon l’historien allemand Emil Schurer (1), le livre Maccabées 2 contient « ce qui apparaît comme une lettre –sans date- d’Antiochus V Eupator à Lysias écrite aussitôt après son accession, garantissant le droit des Juifs à leur Temple et l’observance de la Loi ».

Yehuda put se consacrer à la consolidation des acquis : renforcement des fortifications, envoi de garnisons juives là où c’était nécessaire, voire même raids à l’extérieur là où de l’hostilité s’était faite jour contre les Judéens (chez les Edomites avec le siège et la destruction d’Hévron, les fils de Baean et les Ammonites), en Philistie à Marisa et Ashdod, et là où des familles ou des communautés étaient en péril : en Galilée notamment. Schurer remarque : « Là, il ne s’agissait plus de protéger la foi juive mais d’étendre et de consolider le pouvoir juif ».

Alors qu’en Syrie, les querelles dynastiques se poursuivaient, Yehuda tenta de pousser son avantage : il assiège la garnison syrienne en -162, bousculant les membres de la garnison, composée aussi de Juifs pro-hellènes. Mais quand Lysias, alerté, se mit en route contre la Judée, Yehuda dut lever le siège d’Accra et avancer ses troupes à Bet-Zachariah, où les armées s’affrontèrent. Mais la soldatesque syrienne eut le dessus. Eleazar frère de Yehuda, périt, écrasé par un éléphant. Et l’armée syrienne apparut, menaçante, devant les murs de Jérusalem. Dans la ville, l’absence de provisions se fit ressentir d’autant plus que c’était une année sabbatique. Mais coup de théâtre ! Lysias doit brusquement  lever le siège, car son pouvoir est menacé en Syrie. Aussi Lysias choisit-il d’accorder aux combattants Maccabéens ce pourquoi ils se battaient : la liberté religieuse. Si les fortifications avaient été détruites par les troupes gréco-syriennes, les Judéens avaient néanmoins atteint leurs objectifs. Aucun roi séleucide ne revint plus jamais sur la concession majeure accordée aux Judéens.

L’envoi du général Nicanor quelque temps après ne produit qu’un effet inverse.  Les Judéens sont victorieux et le 13 Adar est célébré comme « le jour de Nicanor ». Alcime mort, qui devint grand-prêtre ? Certains affirment que ce fut Yehuda lui-même, d’autres soutiennent que ce n’est pas possible car à ce moment-là, il choisit de s’allier à Rome. La lettre adressée par Rome à Démétrius lui interdisant toute action contre les Juifs, ses alliés, parvint trop tard au souverain grec. A la mort de Nicanor, Démétrius envoya en Judée une armée conduite par Bacchides et si puissante que les troupes de Yehuda furent plus que bousculées, que lui-même trouva la mort, précipitant les désertions de ses soldats. Conclusion d’Emil Schurer : « Ce que la famille des Maccabées avait obtenu, elle l’avait gagné par les concessions volontaires de ses. rivaux, prétendants au trône de Syrie et grâce à la désorganisation interne de l’empire syrien ». Sous-entendu : les combats militaires n’ont rien apporté de concret aux Maccabéens.

Face aux chausse-trappes permanentes des despotes syriens, il fallait trouver d’autres solutions que militaires. Or les Judéens restaient divisés : d’un côté, les Hassidéens, piétistes convaincus (respect strict de la loi juive, la Hallakha mais aussi pratique de la Tsedaka l‘aumône), de l’autre les Hellénistes et entre les deux, les Maccabéens vainqueurs auréolés de leurs victoires et de leur bravoure, qu’on pourrait qualifier de Juifs identitaires, partisans de l’action directe.

Car désormais ils ne revendiquent plus seulement la liberté religieuse qu’ils ont obtenue mais l’indépendance politique pure et simple. Mais comment y parvenir quand les moyens militaires manquent. En trouvant un allié étranger ? S’adresser aux roitelets voisins ? Non. A l’opposant direct des Grecs sur la scène internationale : Rome. Rome, pour qui affaiblir le puissant voisin grec était un des points forts de sa politique internationale. Yehuda envoya deux hommes de son parti, Eupolemus fils de Jean et Jason fils d’Eleazar. Le sénat romain leur accorda une audience. Un traité fut signé par lequel Romains et Judéens s’engageaient à s’entraider en cas de guerre non en des termes identiques mais en fonction des circonstances. Chef militaire victorieux, Yehuda a ainsi réussi son examen d’entrée dans le domaine politique.

Mais, il y a un « mais ». Ce faisant, en se sacrant prince, il s’attire les sentiments mêlés de la classe rabbinique : d’une part, elle était reconnaissante à la famille hasmonéenne d’avoir, par leur insurrection meurtrière mais réussie,  sauvé la Thora et donc le peuple juif mais elle était contrite, voire même choquée car Yehuda Macabii était auto-sacré chef politique national alors qu’il n’était pas de descendance davidique. Selon une sommité rabbinique du moyen-âge, Maimonide, dont la position est rappelé sur un site web religieux (2), « ce fut la punition des Hashmonaïm qui ont régné pendant le Second Temple. Ils étaient des géants de piété (Hassidei Elyon) et, sans eux, la Torah et les mitsvot auraient été oubliés par Israël. Mais malgré cela ils ont subi une grande punition (Onesh Gadol). Quatre de ces rois Hashmonaïm qui ont régné avec grandeur et succès, sont finalement tombés face à l’épée de leurs ennemis (…) car ils ont régné et n’étaient pas de la tribu de Yéhouda et de la maison de David et leur faute a été mesure pour mesure (mida keneged mida) et c’est ce qui a causé leur perte (…) car ils étaient des Cohanim devant garder leur tâche et n’ayant pas à régner (…) ». Mais chef politique ne voulait pas dire roi et Yehuda n’a pas franchi ce pas-là. S’il n’était pas qualifié pour être roi, Yehuda l’était-il pour devenir grand-prêtre ? Car même sur ce terrain, il est parfois contesté et accusé de s’être proclamé grand-prêtre. Certains disent qu’il n’était pas de descendance des Cohen alors que les textes hébraïques le disent explicitement. Son père était Cohen, peut-être même Cohen Gadol.

(1) Emil Schurer, The history of the jewish people in the age of Jesus Christ,T &T Clark Ltd Edinburgh, 1973

(2) Source : https://yechiva.com/index.php/paracha/berechit/vayehi/487-de-yehouda-a-yehouda-maccabi

 

Maccabées 1,8 évoque le traité de paix entre Rome et la Judée

Le site web Akadem a reproduit sur son site web le traité de paix de la Judée avec Rome, évoqué par le livre des Maccabées.

Verset 1 : Or, Yehuda entendit parler des Romains: ils sont, lui dit-on, puissants dans les combats; ils montrent de la bienveillance à tous ceux qui s’attachent à leur cause et font amitié avec quiconque vient à eux, et ils sont puissants dans les combats (…)

Versets 17 à 32

Yehuda choisit Eupolème, fils de Jean, de la maison d’Akkos, et Jason, fils d’Eléazar, et il les envoya à Rome pour faire avec eux amitié et alliance, Et obtenir d’être délivrés du joug, car ils voyaient que le royaume des Grecs réduisait Israël en servitude. Ils prirent la parole au sénat en ces termes: « Yehuda Maccabi, ses frères et le peuple juif nous ont envoyés vers vous pour conclure avec vous un traité d’alliance et de paix, et pour que nous soyons inscrits au nombre de vos alliés et de vos amis. » Cette requête fut accueillie favorablement. Un traité fut rédigé que les Romains gravèrent sur des tables d’airain, et envoyèrent à Jérusalem, pour y demeurer comme un monument de paix et d’alliance.

« Prospérité aux Romains et à la nation juive sur mer et sur terre, à jamais! Loin d’eux l’épée et l’ennemi! S’il survient une guerre aux Romains d’abord, ou à l’un de leurs alliés dans toute l’étendue de leur empire, La nation juive leur prêtera secours, selon que les circonstances le permettront, de tout cœur. Ils ne donneront aux combattants et ne fourniront ni blé, ni armes, ni argent, ni vaisseaux. Telle est la volonté des Romains; et les Juifs observeront leurs engagements sans rien recevoir.

De même, s’il survient une guerre à la nation juive d’abord, les Romains combattront avec eux de toute leur armée, selon que les circonstances le leur permettront, Sans qu’il soit fourni aux troupes auxiliaires ni blé, ni armes, ni argent, ni vaisseaux. Telle est la volonté de Rome; et ils observeront leurs engagements sans tromperie. Telles sont les clauses du traité des Romains avec le peuple juif. Que si, par la suite, les uns et les autres veulent y ajouter ou en retrancher, ils le feront à leur gré, et ce qui aura été ajouté ou retranché sera obligatoire. » « Au sujet des maux que le roi Démétrius leur a faits, nous lui avons écrit en ces termes: « Pourquoi fais-tu peser le joug sur les Juifs, qui sont nos amis et nos alliés? Si donc ils t’accusent encore auprès de nous, nous soutiendrons leurs droits, et nous te combattrons sur mer et sur terre. »