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Après avoir battu la Syrie en -738, l’empire assyrien s’empare d’Israël (109)

Le roi Ḥizḳiyyah de Juda restaure le Temple et engage la codification de la Torah

Le roi Ḥizḳiyyah de Juda restaure le Temple et engage la codification de la Torah

Le ciel s’assombrit pour le royaume du nord (Israël) car l’Assyrie regarde alors vers l’ouest. « L’Assyrie cherche un débouché sur la Méditerranée, indique l’historien français André Neher : Cette condition indispensable à la vie d’un grand empire provoque les apparitions successives des armées assyriennes à l’ouest, dans les régions limitrophes de Canaan. Mais l’Assyrie est elle-même menacée à l’Est par les Mèdes surtout » (Histoire biblique du peuple d’Israël*). L’analyse de Marianne Picard dans Juifs et judaïsme (Pacej) va dans le même sens: « Le royaume d’Assyrie est, du 9ème au 8ème siècle, la grande puissance dominante du Moyen-Orient. Sa capitale, située sur le Tigre, Ninive est splendide. Au milieu du 7èmes siècle, il conquiert même l’Egypte mais sa domination fut de courte durée. Les peuples vaincus sont déportés, les villes pillées et détruites ».
Face à l’émergence de l’Assyrie, Israël et Juda vont balancer : Faut-il s’allier à la Syrie qui prend peur ? A l’Egypte, grande puissance de l’époque ? Devenir vassal de l’Assyrie, si puissante et menaçante ? Pire : le royaume du nord (Israël) pense trouver la voie en ne respectant pas la parole donnée et en pratiquant la duplicité. Le prophète Amos, un demi-siècle auparavant, avait annoncé qu’un peuple emmènerait les Israélites dans un pays éloigné.
« La crainte de se voir broyé entre les deux grands empires d’Assyrie et d’Égypte jeta Israël dans une politique de perfidie et de duplicité », analyse finement l’historien allemand Heinrich Graetz (Histoire des Juifs*). Justement à cette époque, un roi guerrier d’Assyrie, Salmanazar, venait d’entrer en campagne contre Élulaï, roi de Tyr, et contre la Phénicie : il en profita pour attaquer également Samarie. Osée, sans l’attendre, alla à sa rencontre et lui promit des présents comme témoignage de vassalité ; mais il cessa de payer son tribut annuel. La Phénicie fit de même. Salmanazar alors, rassemblant ses forces, repassa l’Euphrate et le Liban. (…) Les villes phéniciennes de Sidon, d’Acre et jusqu’à l’ancienne Tyr, durent se rendre sans combat. D’Acre, Salmanazar s’avança sur le royaume de Samarie par la plaine de Jezréel. Les villes israélites lui firent, à leur tour, leur soumission, (…) Le siège de Samarie dura près de trois ans (de l’été de 721 à celui de 719) puis la capitale du royaume des dix tribus fut emportée d’assaut, après deux siècles d’existence. »
Alors que l’environnement géopolitique est pour le moins inquiétant, le royaume du nord est en proie à une discontinuité dynastique et gouvernementale. Israël se révèle divisé, en proie à l’anarchie. Le roi Pequah tenta aussitôt d’une part, de s’affranchir du tribut annuel à payer à Salmanazzar, roi d’Assyrie et d’autre part de s’allier à So, roi d’Egypte. Résultat : Les Assyriens envahirent le pays et Osée soutint le siège de la ville de Samarie. Une fois, les Assyriens dans la ville, Osée fut jeté en prison et les habitants d’Israël transportés dans les contrées du nord est, entre le Tigre et l’Euphrate.
L’historien allemand Graetz, auteur d’Histoire des Juifs, explique : « Phul fut le premier roi qui envahit le royaume des dix tribus. » Le sinistre roi Menahem (768-758) ne s’opposa pas à lui militairement. Il lui proposa beaucoup d’argent qu’il arracha aux riches (50 sicles chacun). « Phul accepta, prit l’argent offert et sortit du royaume, en emmenant butin et prisonniers », écrit encore Heinrich Graetz**. « Menahem mort, son fils Phacéia (Pékachia) (2) lui succéda (757), mais pour seulement deux ans, car il fut tué par son compagnon d’armes Phacée (Pekach) (3), fils de Remalia, en 756 avant JC, «septième régicide, depuis la formation du royaume des dix tribus ». Phacée, l’avant-dernier roi d’Israël (755-736), entra dans une ligue formée par les souverains voisins avec à sa tête, le roi syrien Rezon contre la puissante Ninive. L’Assyrie ne menait plus une simple guerre d’escarmouches faîtes de simples recherches de butins matériels et humains. Elle pratiquait désormais une autre politique de transplantation des populations consistant dans le brassage des populations, les déportés d’un pays étant implantés dans un autre pays, perdant ainsi tout lien avec leur terre d’origine et partant, leur identité nationale et leurs revendications ancestrales.
Comme Menahem, le roi Phacée ne se défendit même pas, comme le raconte encore Graetz : « Mais tous les habitants des villes situées au nord et de l’autre côté du Jourdain furent emmenés en captivité (vers l’an 738). Le royaume d’Israël perdit la moitié de son territoire et de sa population. Phacée, dont la témérité avait provoqué cette catastrophe devint l’objet d’un grand mécontentement : une conjuration s’ourdit, à l’instigation d’Osée (pas le prophète NDLR), fils d’Éla, et il fut tué (vers 736), après vingt années d’un règne funeste à son peuple et à son pays. » Le roi Osée (4) négocia avec l’Assyrie qui lui accorda la paix mais elle lui prit la Transjordanie et avec, les tribus de Ruben, de Gad et de Manassé. Osée se retrouve donc avec un royaume rétréci. « Sous les Jéhuides, pendant une quarantaine d’années, Amram fera figure de puissance occupante. Depuis l’invasion des Philistins à la fin de la judicature, Israël n’avait pas connu pareille humiliation » (Neher).
(1) Menahem régna 10 ans sur Israël de -747 à -737avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
(2) Phacéia (Pékachia) régna 2 ans sur Israël de -737 à -735 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
(3) Phacée (Pekach) régna 2 ans sur Israël de -735 à -733 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
(4) Osée (Hosea) régna 9 ans sur Juda de -733 à -724 avant JC selon l’Institut Bialik de Jérusalem (Biblical Encyclopedia)
*Histoire biblique du peuple d’Israël, André et Renée Neher, Adrien Maisonneuve Editeur, 1996
**Marianne Picard, Juifs et judaïsme (Pacej)
***Heinrich Graetz, Histoire des Juifs, 1874-76

Mise en ligne : 6 octobre 2014- Version 1- Israël Antique-Exil 6-109