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Antiochus IV fait souiller le Temple, le dédie à Zeus et interdit la pratique de la religion juive (191)

Après ce viol du Temple, le pillage et du Temple et de la ville, avec le massacre de ses habitants, que pouvaient donc faire ses habitants rescapés, sinon fuir ou prier ? Car, Jérusalem n’était pas encore au bout de ses peines. D’ultimes humiliations étaient encore à venir. Antiochus IV décida de frapper encore plus fort les croyances mêmes du peuple juif. Jocelyn Plamondon (1) indique : « Il envoya Apollonius à Jérusalem afin, comme le mentionne Les livres des Maccabées (1 M 1, 30-42 et 2 M 5, 24) de soumettre la population en instaurant un régime de terreur (qui) aboutira à ce qui est considéré comme étant « l’abomination de la désolation » décrite dans le livre de Daniel. »

Anthiocus IV Epiphane, premoer persécuteur des Juifs de l'histoire

Anthiocus IV Epiphane, premoer persécuteur des Juifs de l’histoire

En -167, « Antiochos envoya un Athénien du nom de Géronte pour profaner le Temple de Jérusalem et le dédier à Zeus Olympien. Géronte, muni d’un édit royal, s’attaqua aux trois éléments essentiels au Judaïsme (…), raconte Plamondon (1). Le 15 kislev de l’an 167 av. J.-C., il abolit le sacrifice perpétuel, empêchant du même coup les Juifs de pratiquer leur religion, et érigea un autel païen sur l’autel des holocaustes dans le but d’honorer des divinités grecques et syriennes et de leur offrir des sacrifices. Toute forme de sacrifices et de pratiques en l’honneur du dieu des Juifs furent interdites et punies de mort. Quelques jours plus tard, soit le 25 kislev, Géronte sacrifia un porc sur l’autel païen installé sur l’autel des holocaustes afin de consacrer et dédier le Temple de Jérusalem à Zeus Olympien, divinité préférée d’Antiochos Épiphane. Il compléta son action spoliatrice en installant une statue du dieu olympien ainsi que d’autres divinités dans le Temple juif, (…) »  Le Temple juif devint par ces actes, un Temple grec. Le judaïsme est aboli : il est interdit, explique Plamondon, « à quiconque de confesser être Juif », de pratiquer le shabbat, le rosh chōdesh, la brit mila, (…) toute personne trouvée à pratiquer quelque observance que ce soit de la religion juive était soit persécutée, soit mise à mort.»

Comment analyser la désacralisation du Temple ? « En regard de la religion juive, l’acte de désacralisation est en lien direct avec les rituels du Temple régis par la Loi de Moïse, explique Plamondon : lieu, objet, comportement des prêtres, sacrifices, animaux, sexe, infirmité, etc. De plus, puisque le lieu, les objets et la charge sont consacrés à Dieu, tout acte visant à les désacraliser équivaut à la désacralisation du nom même de Dieu, acte puni soit par le bannissement ou la mort ».

Maccabées 1 mentionne l’ordre d’Antiochos de « souiller le sanctuaire et les choses saintes » (1, 46), et de construire des autels et d’immoler des porcs et autres animaux impurs (1, 47) et (1, 54) « le 15ème jour de Kislev en l’an 145, le roi construisit l’abomination de la désolation sur l’autel des holocaustes ». « Le 25 du mois, on sacrifiait sur l’autel dressé sur l’autel des holocaustes » (1, 59). Le texte de 2 M 6, 1-2 précise que fut envoyé par Antiochos IV, Géronte l’Athénien avec comme mandat de « forcer les Juifs à s’éloigner des lois de leurs pères et à cesser de régler leur vie sur les lois de Dieu, pour profaner le Temple de Jérusalem et le dédier à Zeus Olympien. Un détail supplémentaire, qu’on ne retrouve pas dans les autres sources, y est mentionné : l’autorisation et l’installation d’une prostitution sacrée sur le site du Temple (2 M 6, 4). » « Lorsque 2 M 6, 4 mentionne les « courtisanes » et les « femmes dans les parvis sacrés », cela peut être la preuve qu’Antiochos a installé le culte d’Athéna, car la prostitution faisait usuellement partie du culte d’une divinité féminine, bien qu’habituellement, la prostitution était liée au culte d’Adonis. »

La pierre de fondation du Saint des Saints appelée Even Hachtya

La pierre de fondation du Saint des Saints appelée Even Hachtya

Le Temple est interdit de service juif. Pire encore, les actes de souillure du lieu sacré des Juifs se multiplient, souligne Plamondon : « Erection d’un autel païen sur l’autel des Holocaustes; sacrifice d’un porc sur cet autel; dédicace du Temple de Jérusalem à Zeus Olympien; installation d’une statue païenne dans le Temple. » Qui en est responsable directement des deux envoyés spéciaux successifs du roi, Apollonius ou Géronte l’Athénien ? « La construction de cet autel païen s’est déroulée le 15 kislev de l’an 145 av. J.-C., soit en décembre de l’an 168 ou 167 av. J.-C. selon la méthode de conversion utilisée. Pour couronner le tout, des célébrations mensuelles en l’honneur de Dionysos furent annoncées. »

Autre gifle infligée au judaïsme et relevée par Plamondon: « Ce qui n’est pas précisé ici, et qui peut paraître insignifiant pour plusieurs, c’est qu’un porc fut sacrifié en l’honneur du dieu grec. Pour les Grecs, le choix des animaux dépendait de la divinité qui pouvait avoir des préférences. Le porc était surtout utilisé pour les grandes célébrations en l’honneur d’un dieu. En ce qui concerne le rite de purification, c’est le porcelet qui était privilégié142. Or, pour les Juifs et selon la Loi de Moïse, le porc était considéré comme un animal impur. » Il est difficile d’affirmer là que ce ne sont que des actes de guerre (comme le souligne Jonathan Goldstein) et non des actes destinés à offenser les croyances et pratiques religieuses des Juifs. La volonté d’humilier est patente. Mais elle fut ressentie avec bien plus de violence à Jérusalem pour des raisons de proximité qu’en Galilée par exemple, précise André Lemaire.

L’installation d’une statue de Zeus dans le Temple est une étape supplémentaire dans le processus d’hellénisation forcée qu’Antiochos IV décida d’imprimer au pays, hellénisation qui ne fut pas un « Big Bang » mais un processus en plusieurs étapes. Selon Plamondon, « Simon Claude Mimouni écrit dans son ouvrage que la construction d’un autel païen sur l’autel des Holocaustes et non le sacrifice d’un animal impur ou l’installation d’une statue païenne dans le Saint des saints est ce qui semble avoir été considéré par les Juifs comme étant le comble d’une abomination, en l’occurrence, une profanation. »

A quoi sert d’humilier quand on a déjà gagné militairement ? Les Grecs ne savaient pas être magnanimes. La désacralisation du Temple de Jérusalem et ce qui y a conduit directement demeurent encore des inconnues.  « Il n’existe pas de consensus parmi les commentateurs sur cela (…) Pour S. C. Mimouni et M. A. Elliot, la venue du roi séleucide à Jérusalem, et en l’occurrence la désacralisation du Temple, était un geste politique, n’ayant aucune connotation religieuse précise, simplement destinée à réinstaurer la domination séleucide sur Jérusalem et sur le Temple. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’eut aucune incidence sur la population, ses dirigeants sacerdotaux, la pratique religieuse ».

Historien protestant français, spécialisé dans l’antisémitisme, Fadiey Lovsky, commente: « Le texte du Ier Livre des Maccabées l’a bien vu : «Le roi [Antiochus] publia un édit dans tout son royaume pour que tous ne fissent plus qu’un seul peuple et que chacun abandonnât sa loi particulière (…) On identifia Yahveh avec Zeus, dont la statue s’érigea dans le Temple, profané aussi bien par les images que par les orgies et le sang du porc répandu sur l’autel ; on interdit l’observation du sabbat et la pratique de la circoncision (plus tard, les mères qui passèrent outre furent précipitées dans les ravins de la ville) ; on obligeait les Juifs à sacrifier en l’honneur du roi, et leur refus déterminait de nouvelles persécutions ; on fit périr les Juifs possesseurs de l’Ecriture. La majeure partie des Juifs, cependant, ne voulut pas apostasier. La persécution durcissait sa détermination et l’exaltait par l’exemple des martyrs. Ce fut enfin la guerre contre le paganisme en même temps – par la faute des Grecs – qu’une guerre de libération nationale contre une domination antisémite. »

Un mot sur les Samaritains : leur Temple situé sur le mont Garizim, est dédié à Zeus hospitalier, précise André Lemaire. « Cette hellénisation systématique fut en partie acceptée, en partie tournée habilement par les Samaritains qui demandèrent à ne pas y être soumis car ils étaient des « Sidonniens à Sichem », ce qui leur fut accordé par Antiochus en 166. »

(1) Désacralisation du second Temple de Jérusalem et abolition du culte judaïque par Antiochos Épiphane en 168-67 av. J.-C. : conséquences et réactions. Une lecture de Flavius Josèphe. Mémoire Jocelyn Plamondon Maîtrise en études anciennes Maître ès arts (M.A.) Québec, Canada

(2) Claude Simon Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : des prêtres aux rabbins Collection Nouvelle Clio. 02/05/2012

(3) Indications de Plamondon : « À l’époque biblique, 1 talent = 34 kg ou 3000 sicles, alors qu’à l’époque des Maccabées, 1 talent = 26,2 kg. » (…) Cependant, le passage de 1 Ch 22, 14 mentionne que David avait préparé 100 000 talents d’or pour le Temple alors que Flavius Josèphe dans AJ VII, 340 mentionne dix milles talents d’or. Cet or ne fut pas seulement pour la fabrication des ustensiles, mais aussi pour le recouvrement des murs intérieurs et extérieur du Temple ».

(4) A la suite de Josephe et de Maccabées, Plamondon donne le détail du vol : « L’autel d’or, le candélabre de lumière et tous ses accessoires, la table d’oblation, les vases à libations, les coupes, les cassolettes d’or, le voile et les couronnes, la décoration d’or sur la façade du Temple, l’argent, l’or et les objets précieux, et les trésors cachés. » N’y figure pas l’arche de l’Alliance, qui serait soit cachée sous le Temple ou sur le Mont Sinaï par le prophète Jérémie, ou alors emportée lors de la destruction du premier Temple en -587 par les Assyriens.

(5) Plamondon : “Aucune personne étrangère ne pourra pénétrer dans l’enceinte du Temple interdite aux Juifs eux-mêmes, sauf à ceux qui se sont purifiées selon l’usage et leur loi nationale. Défense est faite d’introduire dans la ville ni chair de cheval, ni chair de mulet, d’âne sauvage ou apprivoisé, de panthère, de renard, de lièvre, et en général d’animaux interdits aux Juifs; on ne pourra ni introduire les peaux de ces animaux, ni en élever aucun dans la ville. Seuls sont autorisés les sacrifices offerts suivant les rites traditionnels et qui doivent rendre Dieu favorable. Quiconque transgressera ces ordres, paiera aux prêtres une amende de trois mille drachmes d’argent”.

Le Temple bafoué : L’horreur dépeinte par l’historien français Ernest Renan

(Revue des Deux Mondes tome 116, 1893)

« Le culte juif fut interrompu ; le sacrifice perpétuel, ou tamid, cessa. Le temple fut nécessairement transformé selon les besoins nouveaux. Le patron de la propagande syrienne était Jupiter Olympien. Jupiter Olympien fut substitué à Iahvé. L’ameublement intérieur du temple avait été pillé deux ans auparavant ; l’autel des parfums, le chandelier à sept branches, la table des pains de proposition était enlevée. On ne sait quelles transformations firent les païens dans le saint des saints ; les portes étaient fermées ; selon les habitudes helléniques, le grand autel devant le temple avait seul de l’importance. Là se passa un fait des plus graves. Une statue de Jupiter Olympien fut placée sur un soubassement ajouté derrière l’autel, si bien que c’était à elle que les sacrifices étaient offerts. Cette image fit aux Juifs une horreur indicible. Ils se rappelèrent la date où elle avait été érigée, le 15 kislev de l’an 145 des Séleucides, par conséquent en décembre 168 avant Jésus-Christ. Ils accumulèrent pour la désigner les mots les plus sales qu’ils purent ; ils l’appelèrent « la crotte malfaisante », « l’abomination de la désolation, » selon le latin [23]. Le comble de l’horreur était, en effet, atteint. Iahvé était remplacé par son rival, qui, au seuil même de son temple, recevait, à sa place, la fumée des victimes. Jamais pareille abomination ne s’était vue. Nabuchodonosor avait détruit le sanctuaire ; cette fois c’était un Dieu étranger qui s’installait dans la demeure même de Yahvé et usurpait ses honneurs. O horreur ! De pareils autels à Jupiter Olympien furent élevés dans les villes juives des environs de Jérusalem. Iahvé fut poursuivi jusque dans son sanctuaire du Garizim. Là, ce fut le vocable de Zeus Xenios, qui prévalut. »