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Anti « barbare », l’idéologie hellène méprise souverainement les Juifs et leurs pratiques (194)

Nombre de chercheurs ont tenté de découvrir et d’analyser les fondements de l’idéologie véhiculée par ceux qui, vainqueurs des Perses, les Grecs Macédoniens s’installèrent sur les cités côtières, puis progressivement à l’intérieur. Méconnaissant les Juifs, les Grecs avaient forgé une sorte d’idéologie qui les rendait, eux les Grecs, supérieurs à ceux qu’ils appelaient les Barbares, expression qui désignait tout ce qui n’était pas Grec ou ne parlait pas grec.

Les Hébreux connaissaient les Grecs mais les Grecs connaissaient peu ou pas du tout les Hébreux. C’est le constat dressé par le livre de Jacob Ashkenazi (1). A l’appui de sa thèse, nombre d’indices ou de preuves apportés par ce professeur d’histoire juive, diplômé de l’université de Haïfa : « Un papyrus d’Oxyrynchus évoque un soldat grec qui combattit dans les rangs assyriens du temps de Nabuchodonosor et dans la bataille d’Ascalon (604 avant l’ère courante) » ; l’abondance de la céramique grecque dans les villes côtières et de l’intérieur ; la découverte de monnaies frappées de la chouette, symbole athénien et de la déesse Athéna ;  dans la littérature biblique, la Genèse cite une liste des nations dont « les fils yavân »; le Livre de Daniel, dans sa partie écrite en araméen, parle d’instruments de musique, « tous d’origine grecque », comme la cithare du grec kitharis. Toutefois, à l’inverse, peu d’indices attestent de la connaissance par les Grecs des Hébreux avant l’ère d’Alexandre qui conduisit à faire de la Judée une colonie de peuplement et d’exploitation.

Pour le chercheur Michel Dubuisson (2), « l’opposition Grec/Barbare l’une des catégories fondamentales de la pensée grecque, à côté des oppositions être humain/animal et homme/femme, (…) Mais une telle vision à la fois binaire et ethnocentrique (nous [les civilisés ou les hommes par excellence] les autres [rejetés dans les ténèbres de la sauvagerie ou au moins de l’inculture]) est loin, en fait, d’être banale ou aussi répandue qu’on pourrait le croire.(…) La vision binaire du monde est aussi partagée par les Juifs (peuple élu et goyim) (…), « surtout, le critère d’opposition adopté par les Grecs est fondé au départ exclusivement sur la langue (…) les Barbares étant ceux qui bredouillent, ne parlent pas une langue articulée- en somme, ne parlent pas grec ».

Buste d'un hoplite casqué, peut-être le roi Léonidas, Ve siècle av. J.-C. Musée archéologique de Sparte. CC BY-SA 3.0

Buste d’un hoplite casqué, peut-être le roi Léonidas, Ve siècle av. J.-C. Musée archéologique de Sparte. CC BY-SA 3.0

Plus encore, le chercheur évoque Euripide qui écrivit non sans aplomb: « C’est au Barbare à obéir au Grec, ma mère, et non l’inverse. Car eux sont des esclaves et nous sommes des hommes libres ». Et Dubuisson rappelle cette parole : « (Alexandre) a ordonné qu’on ne distingue plus ce qui est grec de ce qui est barbare en fonction de la chlamyde et du bouclier rond [grecs] ou de la lance et de la robe à manches [perses], mais bien qu’on reconnaisse le Grec à la vertu et le Barbare au vice ». Explication : « Les Grecs campant en territoire occupé redoutaient en fait plus que tout de succomber à l’attrait du raffinement oriental et de perdre en définitive leur propre culture : comme pour se rassurer, ils multiplient partout où ils s’installent les signes identitaires (palestres, gymnases, théâtres), ce qui n’ira pas sans causer çà et là quelques frottements, notamment avec les Juifs. »

En fait, selon cette analyse des Hellènes, le barbare sympathique est celui qui est devenu grec. « Quand il parle des Barbares, qu’il n’hésite pas à comparer aux esclaves, Aristophane ne fait pas dans le détail, poursuit Dubuisson. À ses yeux, le barbare représente le personnage inculte par excellence, et il en présente à son public une image ridicule. » De là à tirer des conclusions hâtives sur la supériorité de la culture grecque sur la culture des barbares, il n’y a qu’un pas. Hérodote, le site web de l’histoire l’évoque d’une parole : « A mesure que se développèrent leur civilisation et leur puissance, ils en méprisèrent davantage le Barbare opposé à l’Hellène, considéré comme d’une culture inférieure et destiné à le servir. (…) »

Entre la masse des peuples qualifiés de barbares, le plus souvent composés de païens et le peuple juif, il y avait plus qu’un gouffre. Dès lors, quelles relations pouvaient naître de ces notions, si éloignées ? Dans un article, le chercheur Paul-Hubert Poirier (3) tente d’y voir clair : « Au sein de la masse informe des Barbares, on sentit assez vite le besoin d’opérer des distinctions. Or, au nombre des peuples ou des groupements qui furent ainsi singularisés, apparaissent au premier plan les Juifs et les Chrétiens ou, pour être plus précis, les Juifs puis, dans leur foulée, les Chrétiens. »

Le chercheur puise dans d’autres écrits les paroles antijuives des Grecs : « Ils sont les plus mal doués des Barbares et pour cette raison, (ils sont) les seuls à n’avoir apporté pour (leur) part aucune invention utile à la civilisation».

De plus, un reproche revient avec force, la pratique des Juifs d’envoyer de l’or au Temple de Jérusalem. Ainsi de Cicerón (-106 / –43) dans son traité politique Pro L Fiacco, «tous les ans, l’or était régulièrement exporté à Jérusalem pour le compte des Juifs, d’Italie et de toutes nos provinces. Flaccus prohiba par édit les sorties d’or d’Asie (vers Jérusalem). Qui donc, juges, pourrait ne pas l’approuver. L’exportation de l’or, plus d’une fois auparavant, et particulièrement sous mon consulat, a été condamnée par le Sénat de la façon la plus rigoureuse. S’opposer à cette superstition barbare a été le fait d’une juste sévérité, et dédaigner, pour le bien de l’État, cette multitude de Juifs, parfois déchaînés dans nos assemblées, un acte de haute dignité ».

Ainsi, un observateur qui aurait constaté un certain degré d’ouverture des Grecs de Ptolémée, lorsqu’ils prétendirent édifier à Alexandrie ‘la maison du savoir’ et firent traduire la Thora en grec, ce qui donna naissance à la Septante (4), force est d’affirmer que les Grecs Séleucides, Grecs tout court, professèrent une ignorance des pratiques juives et un mépris manifeste à leur endroit. De là, à vouloir supprimer la foi judaïque et les pratiques ancestrales d’un peuple, il y avait plusieurs degrés, qui furent franchis en bloc et d’un coup par les Grecs. Et cela, alors qu’en -332, Alexandre le Grand avait garanti la légitimité des lois juives, légitimité confirmée par Antiochus III en -199 par une charte ad hoc.

L’agressivité soudaine d’Antiochus IV, déjà annoncée par ces idées antijuives, suscita très vite une opposition de la population du pays. Le grand-rabbin de France, Jacob Kaplan (il fut grand-rabbin de France de 1955 jusqu’à sa retraite en 1980) disait : «Par ce refus, que seuls les Juifs ont opposé au paganisme grec, ils se sont mis en quelque sorte en dehors du monde civilisé de leur temps. On les a considérés comme des êtres à part, et c’est de ce moment que date l’accusation portée contre eux d’être des «ennemis du genre humain»… Le monde doit à l’attitude des Juifs de cette époque l’orientation prise dans la suite de l’humanité. C’est, en effet, cent soixante-sept ans après le commencement de cette persécution que Jésus est né en Palestine.»

Pendant ces années, des fragments de la population de Judée se mirent à ressembler aux Grecs, empruntant leur mode de vie comme le montre l’historien allemand Heinrich Graetz (5): « Devenus les admirateurs et les copistes des Grecs, ils se sont évertués à imiter jusqu’à leurs vices et leurs mœurs légères (…) ils s’habituèrent à banqueter ensemble, à manger non plus assis, mais couchés trois par trois sur des lits de repos, à introduire sur leurs tables le vin, la musique, les chansons et la joie, ce n’était encore qu’une imitation innocente (…) On en vint à fêter en Judée Bacchus, à pratiquer le libertinage et à célébrer la fête dite de l’Ouverture des Tonneaux. Les mœurs d’Alexandrie s’implantèrent durablement à Jérusalem. »

Un autre historien, Ernest Renan écrit pour sa part (6) : « La vie grecque se composait de quelques pièces indispensables, d’une sorte de discipline extérieure exigeant des établissements publics et, à certaines heures, une activité en commun, une éphébie pour la jeunesse, un théâtre pour les affaires publiques et la culture littéraire, des bains, un gymnase et un xyste pour les exercices du corps. Le soin de sa personne était l’essentiel de la vie d’un Grec. Certes la propreté et l’hygiène tiennent une place considérable dans la vie d’un Oriental qui se respecte (Juif de l’ancienne école ou musulman) ; mais la pédagogie grecque avait de bien autres exigences. Les luttes et les exercices factices de la gymnastique sont antipathiques aux Orientaux. Les nudités qu’entraînait la palestre grecque les choquaient. Ils y voyaient un acheminement à des vices contre lesquels, malheureusement, la Grèce ne prenait pas assez de précautions. La circoncision était souvent, au gymnase, un objet de raillerie. L’émulation que ces jeux entretenaient paraissait aux Israélites zélés une mauvaise chose, et autant d’enlevé au sentiment des gloires nationales.»

D’autres travaux que nous ne voudrions pas passer au silence sont ceux de Pierre Salmon où il évoque le « racisme » ou refus de la différence dans le monde gréco-romain (7). Il écrit : « Le monde grec découvre le judaïsme grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand à la fin du IVe siècle. Le monothéisme juif séduit dans un premier temps les Grecs. Ceux-ci voient dans les Juifs un peuple philosophe d’origine indienne. Par exemple, vers 300, Hécatée d’Abdère estime que la constitution donnée aux Juifs par Moïse est une politeia aristocratique de type platonicien. «La conception non anthropomorphique de la divinité, qu’il loue chez Moïse en l’expliquant par le culte du ciel, correspond, selon Joseph Mélèze-Modrzejewski, à l’idéal philosophique en vigueur depuis la critique du polythéisme par Xénophane». Toutefois, le même Hécatée d’Abdère, se fondant sur des informations recueillies en Egypte, reproche à Moïse d’avoir institué «un mode de vie contraire à l’humanité et à l’hospitalité». Ce véritable antijudaïsme ou antisémitisme païen se répand dans le monde grec au début du 1er siècle avant notre ère. On reproche aux Juifs leur insociabilité. Posidonios d’Apamée estime que, de toutes les nations, «seul le peuple juif refuse d’avoir aucun rapport de société avec les autres peuples et les traite tous comme des ennemis». De cette insociabilité dérive la misanthropie, l’hostilité. (…) Et enfin, le chercheur conclut : « On peut constater que l’universalisme grec est scientifique et intellectuel. Toutefois, les Grecs n’ont pas pu toujours concilier leur sentiment de supériorité avec cette théorie, d’où leur refus de reconnaître l’identité culturelle de l’autre. L’universalisme romain est également scientifique, mais il est surtout politique. »

(1) ‘Le peuple juif et ses contacts avec le monde méditerranéen’, Jacob Ashkenazi, Edisud, Encyclopédie de la Méditerranée,  avril 2005

 

 

 

 

 

Nombre de chercheurs ont tenté de découvrir et d’analyser les fondements de l’idéologie véhiculée par ceux qui, vainqueurs des Perses, les Grecs Macédoniens s’installèrent sur les cités côtières, puis progressivement à l’intérieur. Méconnaissant les Juifs, les Grecs avaient forgé une sorte d’idéologie qui les rendait, eux les Grecs, supérieurs à ceux qu’ils appelaient les Barbares, expression qui désignait tout ce qui n’était pas Grec ou ne parlait pas grec.

Les Hébreux connaissaient les Grecs mais les Grecs connaissaient peu ou pas du tout les Hébreux. C’est le constat dressé par le livre de Jacob Ashkenazi (1). A l’appui de sa thèse, nombre d’indices ou de preuves apportés par ce professeur d’histoire juive, diplômé de l’université de Haïfa : « Un papyrus d’Oxyrynchus évoque un soldat grec qui combattit dans les rangs assyriens du temps de Nabuchodonosor et dans la bataille d’Ascalon (604 avant l’ère courante) » ; l’abondance de la céramique grecque dans les villes côtières et de l’intérieur ; la découverte de monnaies frappées de la chouette, symbole athénien et de la déesse Athéna ;  dans la littérature biblique, la Genèse cite une liste des nations dont « les fils yavân »; le Livre de Daniel, dans sa partie écrite en araméen, parle d’instruments de musique, « tous d’origine grecque », comme la cithare du grec kitharis. Toutefois, à l’inverse, peu d’indices attestent de la connaissance par les Grecs des Hébreux avant l’ère d’Alexandre qui conduisit à faire de la Judée une colonie de peuplement et d’exploitation.

Pour le chercheur Michel Dubuisson (2), « l’opposition Grec/Barbare l’une des catégories fondamentales de la pensée grecque, à côté des oppositions être humain/animal et homme/femme, (…) Mais une telle vision à la fois binaire et ethnocentrique (nous [les civilisés ou les hommes par excellence] les autres [rejetés dans les ténèbres de la sauvagerie ou au moins de l’inculture]) est loin, en fait, d’être banale ou aussi répandue qu’on pourrait le croire.(…) La vision binaire du monde est aussi partagée par les Juifs (peuple élu et goyim) (…), « surtout, le critère d’opposition adopté par les Grecs est fondé au départ exclusivement sur la langue (…) les Barbares étant ceux qui bredouillent, ne parlent pas une langue articulée- en somme, ne parlent pas grec ».

Plus encore, le chercheur évoque Euripide qui écrivit non sans aplomb: « C’est au Barbare à obéir au Grec, ma mère, et non l’inverse. Car eux sont des esclaves et nous sommes des hommes libres ». Et Dubuisson rappelle cette parole : « (Alexandre) a ordonné qu’on ne distingue plus ce qui est grec de ce qui est barbare en fonction de la chlamyde et du bouclier rond [grecs] ou de la lance et de la robe à manches [perses], mais bien qu’on reconnaisse le Grec à la vertu et le Barbare au vice ». Explication : « Les Grecs campant en territoire occupé redoutaient en fait plus que tout de succomber à l’attrait du raffinement oriental et de perdre en définitive leur propre culture : comme pour se rassurer, ils multiplient partout où ils s’installent les signes identitaires (palestres, gymnases, théâtres), ce qui n’ira pas sans causer çà et là quelques frottements, notamment avec les Juifs. »

En fait, selon cette analyse des Hellènes, le barbare sympathique est celui qui est devenu grec. « Quand il parle des Barbares, qu’il n’hésite pas à comparer aux esclaves, Aristophane ne fait pas dans le détail, poursuit Dubuisson. À ses yeux, le barbare représente le personnage inculte par excellence, et il en présente à son public une image ridicule. » De là à tirer des conclusions hâtives sur la supériorité de la culture grecque sur la culture des barbares, il n’y a qu’un pas. Hérodote, le site web de l’histoire l’évoque d’une parole : « A mesure que se développèrent leur civilisation et leur puissance, ils en méprisèrent davantage le Barbare opposé à l’Hellène, considéré comme d’une culture inférieure et destiné à le servir. (…) »

Entre la masse des peuples qualifiés de barbares, le plus souvent composés de païens et le peuple juif, il y avait plus qu’un gouffre. Dès lors, quelles relations pouvaient naître de ces notions, si éloignées ? Dans un article, le chercheur Paul-Hubert Poirier (3) tente d’y voir clair : « Au sein de la masse informe des Barbares, on sentit assez vite le besoin d’opérer des distinctions. Or, au nombre des peuples ou des groupements qui furent ainsi singularisés, apparaissent au premier plan les Juifs et les Chrétiens ou, pour être plus précis, les Juifs puis, dans leur foulée, les Chrétiens. »

Le chercheur puise dans d’autres écrits les paroles antijuives des Grecs : « Ils sont les plus mal doués des Barbares et pour cette raison, (ils sont) les seuls à n’avoir apporté pour (leur) part aucune invention utile à la civilisation».

De plus, un reproche revient avec force, la pratique des Juifs d’envoyer de l’or au Temple de Jérusalem. Ainsi de Cicerón (-106 / –43) dans son traité politique Pro L Fiacco, «tous les ans, l’or était régulièrement exporté à Jérusalem pour le compte des Juifs, d’Italie et de toutes nos provinces. Flaccus prohiba par édit les sorties d’or d’Asie (vers Jérusalem). Qui donc, juges, pourrait ne pas l’approuver. L’exportation de l’or, plus d’une fois auparavant, et particulièrement sous mon consulat, a été condamnée par le Sénat de la façon la plus rigoureuse. S’opposer à cette superstition barbare a été le fait d’une juste sévérité, et dédaigner, pour le bien de l’État, cette multitude de Juifs, parfois déchaînés dans nos assemblées, un acte de haute dignité ».

Ainsi, un observateur qui aurait constaté un certain degré d’ouverture des Grecs de Ptolémée, lorsqu’ils prétendirent édifier à Alexandrie ‘la maison du savoir’ et firent traduire la Thora en grec, ce qui donna naissance à la Septante (4), force est d’affirmer que les Grecs Séleucides, Grecs tout court, professèrent une ignorance des pratiques juives et un mépris manifeste à leur endroit. De là, à vouloir supprimer la foi judaïque et les pratiques ancestrales d’un peuple, il y avait plusieurs degrés, qui furent franchis en bloc et d’un coup par les Grecs. Et cela, alors qu’en -332, Alexandre le Grand avait garanti la légitimité des lois juives, légitimité confirmée par Antiochus III en -199 par une charte ad hoc.

L’agressivité soudaine d’Antiochus IV, déjà annoncée par ces idées antijuives, suscita très vite une opposition de la population du pays. Le grand-rabbin de France, Jacob Kaplan (il fut grand-rabbin de France de 1955 jusqu’à sa retraite en 1980) disait : «Par ce refus, que seuls les Juifs ont opposé au paganisme grec, ils se sont mis en quelque sorte en dehors du monde civilisé de leur temps. On les a considérés comme des êtres à part, et c’est de ce moment que date l’accusation portée contre eux d’être des «ennemis du genre humain»… Le monde doit à l’attitude des Juifs de cette époque l’orientation prise dans la suite de l’humanité. C’est, en effet, cent soixante-sept ans après le commencement de cette persécution que Jésus est né en Palestine.»

Pendant ces années, des fragments de la population de Judée se mirent à ressembler aux Grecs, empruntant leur mode de vie comme le montre l’historien allemand Heinrich Graetz (5): « Devenus les admirateurs et les copistes des Grecs, ils se sont évertués à imiter jusqu’à leurs vices et leurs mœurs légères (…) ils s’habituèrent à banqueter ensemble, à manger non plus assis, mais couchés trois par trois sur des lits de repos, à introduire sur leurs tables le vin, la musique, les chansons et la joie, ce n’était encore qu’une imitation innocente (…) On en vint à fêter en Judée Bacchus, à pratiquer le libertinage et à célébrer la fête dite de l’Ouverture des Tonneaux. Les mœurs d’Alexandrie s’implantèrent durablement à Jérusalem. »

Un autre historien, Ernest Renan écrit pour sa part (6) : « La vie grecque se composait de quelques pièces indispensables, d’une sorte de discipline extérieure exigeant des établissements publics et, à certaines heures, une activité en commun, une éphébie pour la jeunesse, un théâtre pour les affaires publiques et la culture littéraire, des bains, un gymnase et un xyste pour les exercices du corps. Le soin de sa personne était l’essentiel de la vie d’un Grec. Certes la propreté et l’hygiène tiennent une place considérable dans la vie d’un Oriental qui se respecte (Juif de l’ancienne école ou musulman) ; mais la pédagogie grecque avait de bien autres exigences. Les luttes et les exercices factices de la gymnastique sont antipathiques aux Orientaux. Les nudités qu’entraînait la palestre grecque les choquaient. Ils y voyaient un acheminement à des vices contre lesquels, malheureusement, la Grèce ne prenait pas assez de précautions. La circoncision était souvent, au gymnase, un objet de raillerie. L’émulation que ces jeux entretenaient paraissait aux Israélites zélés une mauvaise chose, et autant d’enlevé au sentiment des gloires nationales.»

D’autres travaux que nous ne voudrions pas passer au silence sont ceux de Pierre Salmon où il évoque le « racisme » ou refus de la différence dans le monde gréco-romain (7). Il écrit : « Le monde grec découvre le judaïsme grâce aux conquêtes d’Alexandre le Grand à la fin du IVe siècle. Le monothéisme juif séduit dans un premier temps les Grecs. Ceux-ci voient dans les Juifs un peuple philosophe d’origine indienne. Par exemple, vers 300, Hécatée d’Abdère estime que la constitution donnée aux Juifs par Moïse est une politeia aristocratique de type platonicien. «La conception non anthropomorphique de la divinité, qu’il loue chez Moïse en l’expliquant par le culte du ciel, correspond, selon Joseph Mélèze-Modrzejewski, à l’idéal philosophique en vigueur depuis la critique du polythéisme par Xénophane». Toutefois, le même Hécatée d’Abdère, se fondant sur des informations recueillies en Egypte, reproche à Moïse d’avoir institué «un mode de vie contraire à l’humanité et à l’hospitalité». Ce véritable antijudaïsme ou antisémitisme païen se répand dans le monde grec au début du 1er siècle avant notre ère. On reproche aux Juifs leur insociabilité. Posidonios d’Apamée estime que, de toutes les nations, «seul le peuple juif refuse d’avoir aucun rapport de société avec les autres peuples et les traite tous comme des ennemis». De cette insociabilité dérive la misanthropie, l’hostilité. (…) Et enfin, le chercheur conclut : « On peut constater que l’universalisme grec est scientifique et intellectuel. Toutefois, les Grecs n’ont pas pu toujours concilier leur sentiment de supériorité avec cette théorie, d’où leur refus de reconnaître l’identité culturelle de l’autre. L’universalisme romain est également scientifique, mais il est surtout politique. »

(1) ‘Le peuple juif et ses contacts avec le monde méditerranéen’, Jacob Ashkenazi, Edisud, Encyclopédie de la Méditerranée,  avril 2005