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Hérode mort, la Judée est démantelée entre ses héritiers dans l’agitation anti-romaine (215)

C’est la fin pour Hérode.« Cinq jours seulement après l’exécution de son fils Antipater » (1) selon Christian-Georges Schwentzel, Hérode meurt en l’an 4 de notre ère actuelle. Son tout dernier testament (le sixième) est mis à exécution au milieu des crises de jalousie et des disputes entre les demi-frères et les demi-sœurs, chacun et chacune faisant valoir ses droits devant l’empereur romain Auguste. Celui-ci rencontre les différents protagonistes et décide : nul ne sera roi mais chacun des successeurs directs aura un poste, confirmant en cela « le testament d’Hérode » (2) selon l’expression d’André Lemaire:

  • Archélaus, aîné de Malthaké, la quatrième femme d’Hérode, d’origine samaritaine, devient ethnarque (c’est-à-dire gouverneur) de Judée, Samarie et Idumée mais le titre de roi lui échappe. « Il organise de somptueuses funérailles, les prisonniers de l’hippodrome de Jérusalem sont libérés » (1). Après le deuil de sept jours, Archélaus est acclamé par les troupes militaires auxquelles il réserve un discours. Puis, il part pour le Temple de Jérusalem où il est acclamé. Il fait alors procéder à des sacrifices en son nom.
  • Philippe, demi-frère, fils de Cléopâtre, la cinquième femme d’Hérode, devient tétrarque de Batanée, Trachonitide, Auranitide, Gaulanitide. Comme l’écrit André Lemaire (1), « Son règne fut marqué par la construction de deux villes Césarée de Philippe (Banias) et Julias (Bethsaida), l’une à la source du Jourdain, l’autre à son débouché » (1). A son décès, sa tétrarchie fut attachée à la Syrie, puis donnée par Caligula à Hérode Agrippa 1er.
  • Antipas se voit échoir la Galilée, réputée prompte à la révolte et la Pérée qui était convoitée par les Nabatéens, avec le titre de tétrarque. Pour éviter la guerre avec la Nabatée, Antipas épousa la fille du roi nabatéen Arétas. Il fait construire Sepphoris, Livias, et Tibériade. Mais quelques années après il se remarie à Hérodiade, petite-fille d’Hérode, ce qui ouvre les hostilités avec les Nabatéens. Ni Tibère ni le gouverneur de Syrie Vitellius n’acceptèrent de lui venir en aide.

La contrée dirigée par Hérode est à sa mort démantelée entre ses successeurs (Wikipedia)

Selon Simon Claude Mimouni (3), « les revenus que chacun peut espérer percevoir de son domaine indiquent une certaine hiérarchie des pouvoirs : 600 talents pour Archelaus, 200 talents pour Antipas et 100 talents pour Philippe ». De l’ancien royaume d’Hérode, disparaissent Gaza, Gadara, Hippos, qui rejoignent la province de Syrie, administrée par Rome en direct.

Les pharisiens en ont gros sur le cœur. Certes Archélaus a libéré « les prisonniers de l’hippodrome de Jérusalem » que son père Hérode avait, avec perversité, retenus, mécontent qu’il était du vol de l’aigle d’or du Temple. Aussi, quand à la fin de la fête de Pessah, les pèlerins affluent à Jérusalem, ceux-ci les excitent en vue de réclamer la punition des conseillers d’Hérode responsables du massacre des auteurs de l’aigle d’or du Temple et la destitution du grand-prêtre nommé par Hérode. Le nouveau dignitaire, Archélaus hésite et ne veut pas commencer son règne par une bévue ou en contredisant l’empereur Auguste qui l’a à peine distingué. Il demande à ses troupes de mater les manifestations. Mais celles-ci ont la main lourde. Résultat : 3.000 morts.

De plus, le gouverneur de Syrie que d’autres historiens appellent le procurateur financier Varus, chargé de gérer les trésors d’Hérode, intervint mal à propos, suscitant des émeutes. Incontournable, l’historien/écrivain Flavius Josephe explique ces émeutes moins par les provocations romaines que par « l’absence de roi indigène capable par son charisme de canaliser les aspirations populaires ». Schwentzel estime que « l’aspiration à la royauté dans sa forme traditionnelle, héritée de David (…) ce messianisme royal devient un lieu commun aux prétendants au trône » (1).  Dans l’histoire, on a appelé l’action militaire romaine contre les bandes de brigands « les guerres de Varus ».

Très vite, Varus s’oppose à Yehudah, fils d’Ezéchias, qui avait trouvé la mort avec Hérode vers -40 avant l’ère actuelle, et qui comme son père était un chef de bande de « brigands » comme les appelle alors Flavius Josephe. Alors sont-ils brigands ou révoltés messianiques ? Les deux, pourrait-on dire. Yehudah dérobe les armes des arsenaux royaux, pille la ville de Sepphoris et les grands domaines hérodiens et prétend instaurer une démocratie. Mais ce n’est pas le seul chef de bande, d’autres affrontent les troupes de Varus : Simon, ancien esclave d’Hérode, de belle prestance, met le bandeau royal à sa tête et se proclame roi. Et enfin, Athronges qui, lui aussi grand et fort et auto-proclamé roi, aidé de ses quatre frères, met à sac plusieurs résidences royales, même s’il s’affirme à l’image du roi David, berger de son état. Chacun d’entre eux terrorise la région de Galilée. Mais des historiens soulignent le caractère de révolte populaire à l’origine de ces bandes, souvent composées d’agriculteurs ruinés par les expropriations grecques puis romaines, poussés à bout par les incessantes provocations de la soldatesque de Rome.

L’armée romaine précisément, d’abord dirigée par Gratus, affronte sur le terrain ces bandes. Varus pénètre en Galilée, réduit en cendres Sepphoris, met en esclavage sa population qui avait acclamé Yehudah. Il reprend le contrôle de la Samarie, de la Judée, fait tomber Jérusalem qui a soutenu les insurgés. Suivant les instructions de prudence de l’empereur Auguste, la répression est relativement clémente : « Varus ne fait crucifier que deux mille prisonniers, considérés comme les meneurs » (1). Gratus met fin à la révolte de Simon en Pérée.

Archélaus a donc du mal à asseoir son autorité personnelle et sa légitimité. D’autant qu’il n’en est pas à une seule maladresse. Il déposa le grand-prêtre Yöazar, fils de Boéthus pour le remplacer par Eleazar, qu’il vire ensuite et met à sa place Jésus, fils de Sée. Il provoqua le scandale en épousant une non-judéenne, Glaphyra, fille du roi de Cappadoce et épouse en premières noces d’Alexandre, fils de Mariamne et demi-frère d’Archélaos. Glaphyra « se targuait de descendre d’Alexandre le Grand et des grands rois perses » (1). Hérodien, Archélaus reconstruit le palais de Jéricho et fait édifier une ville à son nom. La conduite d’Archélaus est tellement outrageante qu’une délégation de Judéens, pour une fois accompagnés de Samaritains (une union qui révèle l’état de ras-le-bol général des peuples judéens et samaritains), partit à Rome se plaindre de son despotisme auprès de l’empereur. Elle obtient alors gain de cause. Archélaus est convoqué à Rome, puis destitué et exilé en Gaule, dix ans après son avènement.

Rome décide alors de faire d’Israël une province romaine. Judée, Samarie et Idumée sont désormais et pour près de trente-cinq ans (6/41 de notre ère) sous la seule tutelle d’un préfet romain. Ce fonctionnaire romain résidait à Césarée, disposait d’une force militaire et dirigeait l’administration romaine chargée de collecter l’impôt. Supicius Quirinus est du reste chargé de mettre en œuvre un recensement, pour « dénombrer précisément les habitants mâles qui seront soumis à l’impôt par tête. » Yehudah le galiléen s’allie alors au chef pharisien Sadoq et s’insurge contre ce recensement, « qu’il dénonce comme le prélude à l’asservissement des Juifs » (1). Le recensement se réalise finalement avec l’appui de grand-prêtre Yöazar.

(1) Christian-Georges Schwentzel, Hérode Le Grand, juin 2011, Pygmalion, éditions Flammarion

(2) André Lemaire, Histoire du peuple hébreu, PUF, mai 2011

(3) Simon Claude Mimouni, le judaisme ancien, PUF, mars 2012